Pour une nouvelle intelligence systémique à l’âge des réseaux

J’étais invité hier à traiter de l’intelligence collective à l’Ecole Militaire par le Club Tournon, sous la forme d’un dîner-dialogue avec le Général d’armée Jean-Régis Véchambre, Inspecteur général des armées-gendarmerie. J’ai été heureux d’inaugurer ainsi avec lui ce cycle de débats. Il y a en France cinq inspecteurs généraux (Terre, Air, Marine, Gendarmerie, Armement) qui remplissent des missions d’inspection et d’étude, sous l’autorité directe du ministre de la Défense.

Cette réunion s’est déroulée sous la règle de Chatham House, qui oblige les participants à la discrétion, tant sur les propos échangés que sur l’identité des participants. La règle autorise par contre de révéler ce qu’on a dit soi-même.

Pour une nouvelle intelligence systémique à l’âge des réseaux

Le smartphone, c’est la nouvelle Bible de Gutenberg, c’est la nouvelle Encyclopédie de Diderot, c’est le nouveau Petit Livre rouge de Mao. Il y a dans le monde 2,5 milliards de smartphones, il y aura bientôt 50 milliards d’objects connectés. Or la connection change la nature d’un objet, et les réseaux changent la nature des systèmes.

Nous sommes en train de vivre une révolution, tout aussi disruptive à mon avis que l’Age des Lumières ou la Révolution industrielle : l’Age des Réseaux et de la connection permanente. Cette révolution s’appuie sur des avancées technologiques rapides en matière de big data, d’intelligence artificielle, de machine learning, de réalité augmentée.

Jamais sans doute les pouvoirs n’ont-ils été tout à la fois si concentrés, et si distribués. Des entreprises agiles, habilement connectées à leur écosystème, sont capables en quelques années de redessiner l’environnement concurrentiel d’industries dont les positions semblaient pourtant fermement établies. Des Etats, groupes ou organisations non gouvernementales peuvent faire de même.

Personne, ni entrepreneur, ni dirigeant, ni salarié, ne peut plus croire être protégé de cette nouvelle révolution industrielle.

Ce nouvel âge est donc marqué par un nouveau rapport au temps et à l’espace. Tout va plus vite, et la géographie en est réinventée. Cette révolution, comme à l’âge des Lumières, est en train de remettre en cause les hiérarchies et les pouvoirs établis.

C’est ainsi qu’une des démocraties les plus avancées d’Europe, le Danemark, vient d’annoncer la nomination d’un ambassadeur auprès des grandes entreprises technologiques telles que Google, Apple et Facebook. Certains diront peut-être que le Danemark est un petit pays dont on peut négliger les décisions. Je pense au contraire que leur regard sur le monde et sur la nature de notre temps est un signal qui nous est utile.

Que faire ? Dans ce nouvel Age des Réseaux, nous devons cultiver un nouvel instinct, à la fois individuel et collectif, par lequel le membre d’un système peut se percevoir associé à l’ensemble, en intelligence collective.

De jeunes entreprises innovantes nous montrent d’excellents exemples de collaborations génératives, de co-design et de co-construction communautaire. Ce Je-Nous, cet alignement profond entre l’ego, l’âme et le système, tient pour moi une place centrale, tant dans l’approche systémique de ma pratique de coach que dans celle d’investisseur en capital. C’est peut-être ainsi qu’il nous faut désormais penser les relations et la complexité.

 

Avec le Général d'armée Jean-Régis Véchambre