Sur l’intelligence collective

J’interviendrai le 15 septembre dans le cadre d’une conférence intitulée « Intelligence collective et PNL: un souffle nouveau ». Je ne suis pas un praticien de la programmation neuro-linguistique, mais j’aide les entrepreneurs à créer de la richesse, et c’est dans ce contexte d’une pratique un peu originale que les organisateurs de la conférence m’ont demandé d’intervenir sur un concept de PNL.

J’ai choisi celui de la Quatrième Position.

Il y a près de trente ans, Robert Dilts développait le concept de « Quatrième Position », par laquelle le membre d’un système pouvait se percevoir associé à l’ensemble, en intelligence collective.

Ce Je-Nous, cet alignement profond entre l’ego, l’âme et le système est pour Dilts essentiel « à l’exercice d’un leadership authentique » et «  constitue une capacité-clé du leadership visionnaire »: « Les leaders efficaces », écrivait-il, « sont capables de s’identifier avec l’ensemble du système qu’ils influencent ».

Pour lui, « la Quatrième Position est une composante essentielle de la sagesse et de l’écologie ».

Trente ans plus tard, à l’âge du web, le concept n’a pas pris une ride. Il tient même pour moi une place centrale, tant dans l’approche systémique de ma pratique de coach que dans celle de business angel. De mon point de vue, jamais sans doute le battement d’ailes d’un papillon (dans la Silicon Valley ou ailleurs) n’a-t-il pu si rapidement provoquer une tornade économique sur nos rivages.

Si nous acceptons l’idée de l’importance de cultiver le champ relationnel de cette Quatrième Position, qu’est-ce qui change à l’âge des réseaux et de la connection permanente?

Des entreprises agiles, habilement connectées à leur écosystème, sont capables en quelques années de redessiner l’environnement concurrentiel d’industries dont les positions semblaient pourtant fermement établies. Personne, ni entrepreneur, ni dirigeant, ni salarié, ne peut plus croire être protégé de cette nouvelle révolution industrielle: la connection change la nature d’un objet, les réseaux changent la nature d’un système.

Ils ne mourraient pas tous, mais tous étaient frappés.

Dans son livre récent Dans la disruption sous-titré Comment ne pas devenir fou?, Bernard Stiegler condamne ces « nouveaux barbares » pour qui « il s’agit d’aller plus vite que les sociétés pour leur imposer des modèles qui détruisent les structures sociales et rendent la puissance publique impuissante ». Pour lui, « le monde court à sa perte, et ce à brève échéance ».

J’entends sa critique écologique, mais ne partage ni son pessimisme ni sa vision des entrepreneurs. Même s’il est probable que quelques uns d’entre eux soient portés par une ambition politique libertarienne d’une destruction créatrice anti-étatique, pour la plupart l’essentiel est ailleurs et plus trivial: les entrepreneurs font ce qu’ils peuvent, et ce qu’ils savent.

Ce qu’il peuvent, c’est profiter d’un accès facilité à un capital abondant, dans un environnement entrepreneurial où l’on peut désormais faire beaucoup avec peu. Ce qu’ils savent, pour les meilleurs d’entre eux, c’est accéder au champ relationnel que leur offre la Quatrième Position.

J’ai souvent raconté ma rencontre au printemps 2011 avec les fondateurs d’Amplitude Studios. Ce qu’était leur vision, cette ambition collective que nous avons réalisée, cette réussite qui se poursuit, sont les meilleurs exemples de mise en oeuvre de ces concepts dont je reparlerai dans mon intervention du 15 septembre, et dans un prochain papier.

 

L.T. Sachs a été investisseur au capital et administrateur d’Amplitude Studios de juin 2011 à juillet 2016, date de la vente de l’entreprise à SEGA.